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  Renard et le milieu
Source : Nouvel Observateur  (recopie ci-dessous)  Voir pages 94 extrait   94zoom  96 98 100 102



faudrait sans doute déplacer le juge Renard dans «  un ressort

plus éloigné géographiquement de la région dans laquelle il a

contribué â la dégradation de l'image de la justice  », suggère l'inspection ! Rien de plus.

ACTE IV – LA REVANCHE DU PROCUREUR

A Nice, Montgolfier accuse le coup. Les magistrats qui le soutiennent sont dégoûtés. ils ne rêvent que de changer de juridiction. Mais le procureur. lui, s'accroche. «  Je ne partirai pas  », répète-t-il, contrairement a ce qu'il avait imprudemment an­noncé avant le déclenchement de la mission. La chancellerie ne peut pas le muter de force. Aucune faute de sa part ne le justifie. Il y a en revanche dans le rapport de l'IGSJ. Même édulcoré, mille fois de quoi engager des poursuites disciplinaires contre le juge Renard. Mais les semaines passent. Et rien ne vient. En tout cas, pas depuis Paris. Car, enfin, un homme finit par bouger c'est le premier président

de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, Bernard Bacou. Fraîchement débarqué dans le Sud, il est sidéré par le contenu du rapport. Sidéré aussi par l'assourdissant silence du pouvoir politique. Bien que la loi l'y autorise, Bacou se refuse dans un premier temps à saisir, seul, le Conseil supérieur de la Magistrature. «  étant donné le niveau de gravité des actes reprochés au juge Renard, il me semblait plus approprié que ce soir la chancellerie qui effectue cette saisine. D'autant que je ne possédais pas tous les éléments  », explique-t-il aujourd'hui au «  Nouvel Observateur  ». Bernard Bacou fait

alors savoir qu'il attend une réaction du minis­tère jusqu'au mois de janvier 2004. Las. La chancellerie ne donnant toujours pas signe de vie, le magistrat décide de monter seul au créneau. Mi-janvier, il saisit de lui-même le CSM, qui devrait rendre sa décision dans l'affaire Renard, avant la fin de cette semaine.

EPILOGUE

Au-delà de l'avenir professionnel du juge Renard, une question se pose aujourd'hui : comment expliquer l'inertie de la chancellerie dans cette affaire ? La première explication tient à la personnalité du procureur de Nice. Mont­golfier est considéré comme un dangereux ovni dans la planète judiciaire. Excessif, égocen­trique, incontrôlable. il est à couteaux tirés avec son supérieur hiérarchique, le procureur général d'Aix-en-Provence, Gabriel Bestard, qui lui a diminué sa prime de moitié cette armée et lui reproche de ne pas l'informer suffisamment. Montgolfier ne s'en défend pas. Bien au contraire, il le revendique : « l'obéissance a des limites »

nous disait-il il y a quelques mois. «  Infor­mer, oui. Mais non pas prévenir quand l'information donnée pourrait nuire à la procédure. Dois je avertir qu'il y a des écoutes dans telle affaire au risque de les prier d'effet ?  » Une manière à peine déguisée de dire que son procureur général pourrait entraver sa mission de « nettoyeur ».

En avril 2003. Eric de Montgolfier sera convoqué à la chancellerie, juste avant la publi­cation du rapport de l'IGSJ sur internet. «  On m'a fait comprendre  », affirme alors Montgolfier «  que Dominique Perben souhaitait ma mutation comme avocat général a Ver­sailles. Deux informations judi­ciaires que je tenais d'ouvrir agaçaient en haut lieu : celle concernant les marchés truqués de la mairie de Vice et celle pour viol susceptible d'impli­quer Johnny Hallyday »  En réalité. l'inspection réclamée par Montgolfier a fonctionné comme un piège. Car l'IGSJ n'a aucune autonomie. Elle ne dépend même pas du mi­nistère, mais du ministre Lui-­même. «  Elle rédige en toute indépendance , proteste un membre du cabinet de Do­minique Perben. D'ailleurs, le magistrat qui menait l'inspec­tion à l'époque avait été nommé pari.: précédent gouvernement Jospin ! » Lors des auditions,

certains «  inspectés  » ont eu le sentiment de ne pas avoir été écoutés. L'avocat Franck de Vira par exemple, qui avait tenté en vain d'intervenir en faveur de Renard avant de se ficher avec lui depuis, assure que certains de ses «  propos ont été occultés  ». Le juge d'instruction niçois Philippe Dorcet a lui été sommé de fournir des preuves de ce qu'il avançait, alors que c'était justement le rôle de l'inspection d'enquêter (le rapport Lamanda reprend d'ailleurs largement les informations qu'il avait données et que l'inspec­tion avait qualifiées de «  rago t »). «  Il y a eu
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proprement parler celui d'un enfant de choeur. Les archives de la police font état d'un « person­nage sans profession définie, ayant été membre des services de sécurité d'un chef d'Etat sud-américain, vivant grand train, possédant des avoirs dans une banque suisse sous divers comptes â numéro et ayant des antécédents de police pour trafic d'influence, séquestration et autres menaces ». Franc-maçon, l'homme est également surveillé de prés par les services de renseignements français, qui le soupçon­nent de « chaperonner » un réseau de filles russes et de « tenir plusieurs personnes de haut rang autour de lui, que ce soit au niveau politique, judiciaire, fiscal et policier ». Pour le rapporteur du Conseil supérieur de la Magistrature, la proximité entre les deux hommes est «  inadmissible  ». Et de s'interro­ger, agitant implicitement le spectre de la maçonnerie : « Quel dérèglement peut être la cause » d'un tel comportement ? O. T.

A la fin des années 1990, les autorités italiennes signalent à leurs homologues françaises un réseau d'associations de malfaiteurs et de corruption mettant en cause la mafia calabraise et plusieurs éléments du milieu niçois. Dans une écoute téléphonique jointe au dossier, un truand raconte avoir versé une somme de 140 000 francs à un intermédiaire, un certain Marcel Allieis, pour l'aider à maquiller son casier judiciaire. Allieis se prévaudrait en effet de bonnes relations avec le juge Renard, «  à qui une partie de cet argent aurait été versée  ». Fanfaronnade de voyou ou indice de corruption ? Les faits n'ont jamais été prouvés, et le magistrat niçois les dément formellement. L'accusation n'en reste pas moins gravissime. D'autant que le juge Renard a

effectivement consulté le casier judiciaire en question, sans fournir d'explication très convaincante. Autre certitude, Renard et Allieis se connaissent bien. Les deux hommes se sont rencontrés quinze ans plus tôt dans le cabinet du juge. Allieis est alors inculpé pour escroquerie et placé sous contrôle judiciaire. Jugé mais condamné seulement à une peine amnistiable, Allieis cherche à récupérer sa caution d'un million et demi de francs. Et trouve l'oreille compréhensive de Renard, qui, selon ses dires, se sent «  coupable de l'avoir traité trop durement  » (sic).

Dés lors, le juge et le repris de justice ne vont plus arrêter de se fréquenter, dînant ensemble avec leurs compagnes respectives. Curieuse fréquentation pour un homme de loi ! Car le CV d'Allieis n'est pas à