Après une carrière d'avocat, Guillaume Roland-Gosselin, 44 ans, intègre la magistrature à Boulogne-sur-Mer en 2018. Il arrive au parquet de Béthune en 2021. « u n a ncien collègue boulonnais alerte sur votre attitude envers les jeunes collègues femmes » , raconte la présidente. Il a en outre écopé d'un avertissement pénal probatoire du procureur de Lille dans une affaire de proxénétisme.
« Après cette procédure, vous auriez dû être. sinon exemplaire, du moins extrêmement prudent dans vos rapports avec les femmes, estime la présid ente. Au contraire, l'abandon des poursuites semble vous avoir procuré un sentiment d'impunité. » Les magistrats et greffiers décrivent un collègue sympathique, courtois et serviable mais aussi un homme à l'humour « grivois voire graveleux » , « passionné par les femmes » . « lourd, collant. « toujours en chasse » « sans limites » . Plusieurs femmes assurent qu'elles n'ont « jam ais pris le risque de se retrouver seule avec lui ».
Des avances au « dénigrement »
La présidente pointe aussi « l'incohérence » entre sa vie personnelle d'homme marié, cinq enfants, catholique pratiquant, et son comportement. Lui assume volontiers son « côté libert in » . « Ça ne fait pas de moi un harceleur je ne fais pas tout pour arriver à mes fins », insiste-t-il. La plaignante, comme ses collègues du Parquet. l'accueille toutefois avec bienveillance, « il fait partie de l'équipe et l'ambiance est bonne, on boit |
des verres tous ensemble » , décrit-elle. Récemment séparée, elle vit alors « une année noire » et voit son travail comme son « oxygène ». Les conversations par messages le soir restent professionnelles.
Jusqu'au 12 niais vers 22 h : « Une option sex friend, c'est jouable ? », lui lance Guillaume Roland-Gosselin. « Quand je reçois ça. je suis abasourdie. Ça ne m'intéresse absolument pas. je réagis avec humour mais je dis non. » Suivent plus ieurs relances dans la soirée, puis d'autres avances au fil du temps. Professionnellement, « la confiance était rompue, j'ai préféré changer de service » en juin 2023. Courant 2024, elle constate que ses collègues se font distants. « je ne comprenais pas pourquoi on me traitait comme ça, j'étais plus bas que terre, à cran. » Elle comprend en mai 2025. lors d'une réunion avec le procureur et le prévenu, que ce dernier la dénigrait « en boucle », auprès de ses supérieurs et ses collègues. critiquait systémat iquement son travail, manœuvrait pour la « débrancher » ... Elle apprend en outre qu'il a sollicité les faveurs d'autres femmes : « J'ai eu une réaction physique, il y en avait eu combien ?je me suis sentie considérée comme un morceau de viande en 2022. avant que commence la chasse à courre. l'hallali, » Elle est encore aujourd'hui en arrêt pour accident du travail.
« Vous n'êtes plus digne de porter la robe »
Son avocate Alice Cohen-Sabban la décrit |
comme une femme «fragilisée, terrorisée. Elle ne l'a jamais encouragé dans ses avances. On le voit dans ses réponses au prévenu mais aussi dans ses messages à ses autres collègues » - « s'il me viole. au moins tu es au courant», écrit-elle en mars 2021
Alors qu'elle se « met en retrait. » et officialise sa relation avec son nouveau compagnon, les messages à caractère sexuel cessent et « la complicité laisse place à un travail de sape. Parallèlement. sa santé se dégrade: elle a souffert d'insomnies, de somnambulisme... »
« On ne peut pas penser que Guillaume RollandGosselin est digne de porter la robe du magistrat », conclut-elle en demandant l'indemnisation de son préjudice moral et une nouvelle expertise médicale - « la procédure a réveillé le traumatisme. elle a eu la peur de se vie quand l'expert psychiatre a émis l'idée de l'interner » . L'agent judiciaire du Trésor abonde et demande le renvoi en liquidation de dommages et intér êts, ainsi que 1 593 euros de frais de justice.
« Ne pas confondre morale et droit »
La défense plaide la relaxe. Emmanuel Riglaire est « surpris par l'exécution provisoire et par, le quantum, alors que les infractions ne sont pas constituées ». Il appelle à «rééquilibrer la balance » en reprenant l'ensemble des témoi gnages de la procédure. « Les supérieurs hiérarchiques n'ont rien vu, quant aux collègues, il y a deux blocs : ceux qui ont compilé les messages |
remis au procureur et les autres. Ceux qui n'ont pas constaté de harcèlement ni même remarqué le comportement sexiste du prévenu sont plus nomb reux Et les trois personnes qui vont dans le sens de la partie civile n'ont pas vu la même chose. »
« On peut qualifier le comportement de Guillaume Roland-Gosselin de navrant, ridicule, déviant... mais la morale n'a pas à entrer dans le palais de justice, martèle sa consoeur Fabienne Roy-Nan sion. Fi aussi des considérations dans lesquelles on peut noyer ce dossier creux : quand on charge sur des éléments périphériques, c'est qu'on veut noyer le poisson et masquer l'insuffisance des élém ents factuels. Prenez garde aux effets de halo - analyser le comportement du prévenu à l'aune de la réputation qui l'a précédé - et de pollution. » Seuls comptent le droit et les faits, insiste-t-elle : « L'ensemble des messages échangés montre qu'il y avait assez d'intimité entre eux pour que la conversation glisse sur un terrain personnel. Même si cette entreprise de séduction était loude et débridée, il n'y a pus eu intimidation ni volonté d'attenter à sa dignité. Le harcèlement moral est, lui, impossible à caractériser. il n'a pas eu l'intention de créer une situation hostile.
La procureure requiert un an de prison avec sursis probatoire et exécution provisoire, l'int erdiction de contact avec la plaignante et l'in terdiction définitive d'exercer dans la magistra t ure, le jugement se ra rendu le 5 mars . |